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Blocages de transmissions et recours à la force en Aysén : la liberté d'informer au cœur du conflit social

Blocages de transmissions et recours à la force en Aysén : la liberté d’informer au cœur du conflit social

Publié le jeudi 22 mars 2012.
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Quatorze délégués du mouvement social de la région Aysén, dont le porte-parole Iván Fuentes, doivent rencontrer ce jeudi 22 mars 2012 à Santiago, le ministre de l’Intérieur Rodrigo Hinzpeter, afin de trouver une issue au conflit qui agite depuis près de deux mois la région patagonne. Reporters sans frontières souhaite que ces pourparlers garantissent la préservation des libertés constitutionnelles fondamentales, dont celle d’informer et d’être informé.

“Le problème ne se résoudra pas avec du gaz lacrymogène”, a déclaré à la presse le président du Sénat, Camilo Escalona. Le général directeur des carabiniers, Gustavo González, a lui aussi admis publiquement, devant les députés, la répression excessive menée par ses troupes dans la région. Reporters sans frontières assure que le problème s’aggravera si se réitèrent, en plus, les manœuvres de blocage d’accès à l’information dans la région. “Couper Aysén du reste du pays est le plus sûr moyen de perdre tout contrôle de la situation et de livrer la région au chaos et à la violence. L’information constitue aussi une garantie en de telles circonstances”, a déclaré l’organisation. Le conflit en Aysén mobilise dans d’autres parties du pays et là encore, la sécurité de tous ceux qui font œuvre d’information est plus que jamais en question.

Aux affrontements de la soirée du 20 mars se sont en effet ajoutées des coupures régulières de communications et connexions. Le site de la station régionale Radio Santa Maria a subi d’importantes perturbations et les sites miroirs ou streaming mis en place pour contourner ces dernières étaient parfois hors d’accès durant la journée du 21 mars. D’après nos sources, l’entreprise prestataire de service Internet aurait reconnu avoir suspendu les connexions, alors que certaines autorités accusent le média d’avoir “incité” les populations locales à manifester. Peut-on reprocher à Radio Santa María d’avoir informé son public de l’envoi d’un nouveau contingent de carabiniers en Aysén ? Féroce, la répression s’est notamment soldée par l’arrestation de vingt personnes à Coyhaique, dont le cameraman de Canal 3 (affiliée à Radio Santa Maria), Victor Hugo Gómez, libéré le lendemain.


19.03.12 - Protestations en Aysén et nouvelles mobilisations étudiantes : inquiétudes pour la sécurité des journalistes

L’année 2012 ressemblera-t-elle à la précédente pour les journalistes chiliens, en particulier photographes et cameramen, ou journalistes et blogueurs proches des mouvements protestataires ? La crainte est fondée et se manifeste à nouveau alors que les manifestations dans la région Aysén (Sud) trouvent du soutien ailleurs dans le pays et que les étudiants recommencent à donner de la voix. La tendance indiquée au Chili - passé de la 33e à la 80e place sur 179 pays – dans le dernier classement mondial de la liberté de presse de Reporters sans frontières risque malheureusement de perdurer au vu des affaires de violence envers la profession qui nous ont été signalées.

“Une fois encore sont en cause les abus des forces de l’ordre, et en particulier des carabiniers. Les détentions, bien que brèves, s’accompagnent souvent de destruction de matériel, autrement dit de censure. Cette situation a fait avorter, d’après nos informations, une tentative de dialogue préventif avec le commandement des carabiniers à l’initiative d’une partie de la profession. Des consignes précises, et rendues publiques, doivent être adressées aux forces de l’ordre, et les reporters d’images bénéficier d’une garantie de dédommagement pour tout matériel confisqué ou détruit”, a déclaré Reporters sans frontières.

Cameraman pour la chaine d’informations colombienne NTN 24, Ricardo Uribe a été détenu, le 15 mars 2012 à Santiago, à l’occasion d’une violente charge des carabiniers contre des étudiants réunis dans le parc Bustamante. Ces derniers ne se dissimulaient pas sous des capuches, n’avaient pas dressé de barricades et n’avaient entrepris aucune action violente, d’après des témoins. Au prétexte d’une “entrave à l’action des forces de l’ordre”, le journaliste a été retenu dans un bus des carabiniers, empêché d’assurer la couverture normal des événements.

Plusieurs attaques contre des journalistes constatées dans la capitale ont également marqué les journées de manifestations de soutien au mouvement social d’Aysén. La première en date est la détention, le 24 février, de Félix Madariaga, de la Corporation de promotion et de défense des droits du peuple (Codepu). Agressé par des carabiniers, le journaliste s’est vu refuser toute attention de la part de ces derniers malgré des blessure et a dû trouver du secours par ses propres moyens. Durant les soins, les carabiniers l’ont interrogé sans s’assurer de la présence de l’un de ses proches ou d’un avocat, comme la loi l’exige.

Toujours à Santiago, le 1er mars, Jason Suder, reporter nord-américain du quotidien anglophone Santiago Times a été arrêté au moment de photographier l’interpellation d’un jeune manifestant, avant d’être emmené dans une caserne du centre-ville. Sa qualité de journaliste international ne l’a en rien protégé des brutalités des carabiniers, comme il l’a raconté au Huffington Post.

Deux autres cas de coups et blessures ont été constatés dans la capitale lors des journées de manifestations du 7 et 8 mars : celui du photographe de la revue Punto Final Jorge Zúñiga San Martin, et celui d’un collègue indépendant dénommé Cristián González. En Aysén, la station régionale Radio Santa María nous a fait part de l’agression par un carabinier, le 13 mars, de l’un de ses journalistes, Rodrigo Labarca, heureusement sans blessure grave.

Reporters sans frontières s’inquiète également des conséquences, en termes de libre circulation de l’information dans la région Aysén, de l’application de la loi de sécurité intérieure de l’État (LSE), datant de la dictature (1973-1990) et jamais modifiée depuis, tout comme la loi antiterroriste de 1984, brandie dans un passé récent contre des journalistes chiliens et étrangers en Araucanie. Depuis le début de l’année, la région Aysén connaît un fort mécontentement citoyen en raison de l’isolement économique du territoire, des prix élevés des carburants, des insuffisances de salaire minimum et du manque d’infrastructure sanitaire et médicale.

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