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Le recours présenté en faveur du directeur de TV Aysén rejeté en appel ; de nouveaux motifs d'inquiétude

Le recours présenté en faveur du directeur de TV Aysén rejeté en appel ; de nouveaux motifs d’inquiétude

Publié le jeudi 5 avril 2012.
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La Cour d’appel de Coyhaique a unanimement rejeté, le 4 avril 2012, le recours préventif déposé par un sénateur et un avocat défenseur des droits de l’homme en faveur du directeur de Canal 40 TV Aysén, Samuel Chong Rivera (photo). Ce recours, introduit le 29 mars, faisait suite à la tentative de réquisitions par la police d’investigation (PDI) d’enregistrements vidéos tournées par le journaliste lors de récentes protestations populaires dans la région Aysén.

Samuel Chong Rivera avait fait valoir auprès de ses défenseurs que les agents de la PDI n’avaient pas décliné leur identité ni leur fonction, au moment d’exiger qu’il leur remette ses vidéos. Les officiers de la PDI ont soutenu le contraire devant la Cour, et précisé avoir informé le journaliste de la procédure, par lettre recommandée, pour “infraction à la loi de sécurité intérieure de l’État” (LSE).

Quel était le but recherché par la PDI ? Utiliser les enregistrements réalisés par Samuel Chong Rivera comme éléments de preuve contre des manifestants de la région Aysén. En supposant que la procédure ait été menée ‘légalement’, Reporters sans frontières estime la décision de la Cour dangereuse et à contretemps. Pour trois raisons au moins.

  • Premièrement, sur le fond, la protection des données et des sources journalistiques se trouve mise à mal et ceci concerne l’ensemble de la profession. De plus, comment comprendre que la juridiction décide de convertir, malgré lui, un journaliste en auxiliaire de police alors même qu’une telle clause a été retirée du très controversé projet de loi Hinzpeter sur la “préservation de l’ordre public” ?
  • Deuxièmement, la Cour de Coyhaique a invoqué la LSE pour déclarer légale l’action de la PDI dans cette affaire. Or, les poursuites engagées à l’appui de la même loi contre 22 personnes arrêtées lors des manifestations, dont le cameraman Victor Hugo Gómez, ont été abandonnées le jour même du dépôt du présent recours. Pourquoi, dès lors, vouloir à tout prix récupérer des ‘éléments de preuves’ apparemment devenus inutiles ?
  • Enfin, l’invocation de la LSE – héritée de la dictature (1973-1990) et jamais modifiée depuis – dans un litige portant sur la liberté d’informer garantie par la Constitution, s’accommode mal d’une perspective de dialogue entre les autorités, les représentants des forces de l’ordre et la profession après les dernières violences subies par des journalistes. Nous appelons toujours ce dialogue de nos vœux.

Les tensions sociales au Chili vont-elles retomber ? Au nom de la sécurité des journalistes et des acteurs de l’information, Reporters sans frontières exprime quelques inquiétudes. Ce même 4 avril, la Cour suprême a finalement autorisé l’implantation de cinq barrages hydroélectriques en Patagonie. Très contesté, le projet HydroAysén a déjà donné lieu à des manifestations durement réprimées, notamment en Araucanie. Dans ce contexte, ajouté au décès d’un policier, le 2 avril, en territoire Mapuche, nous mettons en particulier en garde contre toute velléité de criminalisation des journalistes et médias communautaires locaux.

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