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Ces blessures invisibles qui menacent la vie des reporters de guerre

Ces blessures invisibles qui menacent la vie des reporters de guerre

Publié le jeudi 24 septembre 2009. Mis à jour le mercredi 30 septembre 2009.
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1. Définition des blessures psychiques
2. Comment les détecter ?
3. Comment les soigner ?
4. Bibliographie et organisations spécialisées

Peu de journalistes, même confirmés, connaissent la « blessure psychique », ce mal étrange, invisible, aussi répandu que tabou. Pourtant, à l’instar des combattants, des humanitaires ou de tous ceux, hommes et femmes, qui travaillent sur les terrains de conflit ou de catastrophe majeure, le traumatisme psychique peut mettre gravement en danger la santé, voire la vie du reporter.

De retour de mission, les conséquences d’un choc traumatique, sans blessures apparentes, provoque fréquemment des troubles du comportement, dépression, insomnies, abus d’alcool ou de médicaments, consommation de drogue, problèmes de santé. Sans compter les difficultés professionnelles, conjugales et familiales. Sans soins, une blessure psychique peut mener à l’exclusion, au suicide et à la mort.

Il faut donc impérativement prendre en compte ce danger, par une information préalable, la description des symptômes, la diffusion d’une liste de spécialistes et d’organismes avertis du phénomène. Il n’existe pas de protection, de gilet pare-blessures psychiques, pas de véritable prévention. Sur le terrain, face à la mort, le reporter est seul. Mais une bonne information peut permettre au journaliste d’envisager la blessure, de savoir quels sont ses effets, de mieux connaître le mal et ses solutions. Une bonne préparation psychologique, en amont, permet au reporter désormais averti de mieux gérer sa vie professionnelle, l’avant et l’après-mission. D’autant que, détectée à temps, bien soignée et au bon moment, la blessure psychique a toutes les chances d’être guérie.


1. Définition des blessures psychiques
2. Comment les détecter
3. Comment les soigner
4. Bibliographie et organisations spécialisées

1. Définition

Syndrome post-traumatique pour les Français Ou Stress post-traumatique pour les Anglo-Saxons (PTSD).

Il s’agit d’un ensemble de réactions (ou symptômes) qui peut se développer chez une personne après qu’elle a vécu, été témoin ou confrontée à un traumatisme, c’est-à-dire un événement qui a provoqué la mort ou de sérieuses blessures ou qui impliquait une menace de mort ou de graves blessures et qui a suscité une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur. Un tel événement peut être un accident, une agression violente, un viol, un hold-up, une prise d’otage, un incendie, un tremblement de terre, une inondation, etc. Ils sont particulièrement fréquents en zone de guerre.

Quiconque est exposé à un événement d’une telle intensité peut développer des symptômes caractéristiques qui comprennent :

  • le fait de revivre l’événement en pensée de manière persistante ;
  • l’évitement des situations qui rappellent l’événement avec un émoussement des réactions générales (engourdissement, anesthésie émotionnelle) ;
  • une hyperactivité.

Bien que certaines variables personnelles puissent augmenter la probabilité de développer une névrose post-traumatique, il semble que le facteur le plus déterminant soit la gravité de l’événement vécu.

Ainsi il peut se développer chez des personnes ne présentant aucune caractéristique prédisposante, surtout si le trauma a été important. Précisons que nous parlons de syndrome, névrose ou stress post-traumatique lorsque la perturbation persiste plus d’un mois. Dans le premier mois nous employons plutôt le terme d’état de choc traumatique ou de stress aigu.


1. Définition des blessures psychiques
2. Comment les détecter
3. Comment les soigner
4. Bibliographie et organisations spécialisées

2. Comment détecter ?

La personne a été exposée à un événement traumatique. Les symptômes peuvent apparaître dans les trois premiers mois après le traumatisme bien que puisse exister un délai de plusieurs mois ou même de plusieurs années avant que les symptômes n’apparaissent.

L’événement traumatique est constamment revécu, de l’une (ou de plusieurs) des façons suivantes :

  • Souvenirs répétitifs et envahissants de l’événement provoquant un sentiment de détresse et comprenant des images, des pensées ou des perceptions.
  • Cauchemars répétitifs concernant l’événement provoquant un sentiment de détresse.
  • Reviviscences. Impression ou agissements soudains "comme si" l’événement traumatique allait se reproduire (incluant le sentiment de revivre l’événement, des illusions, des hallucinations et des épisodes dissociatifs (flash-back) .
  • Sentiment intense de détresse psychique lors de l’exposition à des indices internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect de l’événement traumatique (par ex., image tv, bruit, odeur, sensation, dates anniversaires, etc.).
  • Réactivité physiologique lors de l’exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer ou ressembler à un aspect de l’événement traumatique.
  • Évitement persistant des stimuli associés au traumatisme : efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou les conversations associés au traumatisme, efforts pour éviter les activités, les endroits ou les gens qui éveillent des souvenirs du traumatisme, incapacité de se rappeler un aspect important du traumatisme.
  • Réduction nette de l’intérêt pour des activités importantes ou bien réduction de la participation à ces mêmes activités.
  • Sentiment de détachement d’autrui ou bien de devenir étranger par rapport aux autres. Restriction des affects (par ex., incapacité à éprouver des sentiments tendres), sentiment d’avenir "bouché" (par ex., penser ne pas pouvoir faire carrière, se marier, avoir des enfants, ou avoir un cours normal de la vie).
  • Présence de symptômes persistants : difficultés d’endormissement ou sommeil interrompu, irritabilité ou accès de colère, difficultés de concentration, hyper vigilance, réaction de sursaut exagérée.

Le souvenir de l’événement est souvent d’une extraordinaire précision. Les gens disent revoir la scène comme s’ils y étaient. Les images, le souvenir des cris, des odeurs, etc. semblent plus vrais que la mémoire ordinaire.

Il arrive que ces symptômes soient accompagnés de symptômes physiques ou psychologiques d’anxiété ou de panique (tels que : palpitations, battements de cœur ou accélération du rythme cardiaque, transpiration, tremblements ou secousses musculaires, sensation de "souffle coupé" ou impression d’étouffement, sensation d’étranglement, douleur ou gêne thoracique, nausée ou gêne abdominale, sensation de vertige, d’instabilité, de tête vide ou impression d’évanouissement, déréalisation (sentiments d’irréalité) ou dépersonnalisation (être détaché de soi), peur de perdre le contrôle de soi ou de devenir fou, peur de mourir, sensations d’engourdissement ou de picotements, frissons ou bouffées de chaleur (reproduit du DSM-IV, critères d’une attaque de panique).

« - Le traumatisme est une arapède sur le cerveau ...
Au début, sa présence est silencieuse, indolore. Pourtant, un jour,quelques semaines voire quelques années après, l’homme est brutalement saisi par la panique. Chaque nuit, le même cauchemar lui
fait revivre une scène identique, celle qui le jette au bas du lit, horrifié, en sueur, en perdition. Il le sait, le redoute, essaie de tromper le songe en avalant du café ou de l’alcool, rien n’y fait. Aussitôt qu’il ferme les yeux, il est condamné à cette vision d’horreur. C’est un film en boucle, un bug sur l’écran de son ordinateur personnel, une cellule mentale dans un quartier de haute insécurité. »
Jean-Paul Mari, Sans blessures apparentes, Robert Laffont, 2008, p. 113.
« Il se sent mort et pourtant il vit. Voilà ce qui ne colle pas. L’homme bouge, parle, respire alors qu’il vient d’affronter l’instant réel de sa mort. Ses amis le traitent toujours comme un des leurs alors qu’il est sûr d’être ailleurs. Il ne fait plus partie de ce monde mais n’est pas encore dans l’autre. Il est convaincu d’être fou. Sa vie n’a plus aucun sens puisqu’elle conduit inexorablement à l’instant de sa mort...qu’il a déjà vécu. »
Idem, p. 111.
« Entre cauchemars et reviviscences, le trauma, pareil à une guérilla bien menée, ne laisse aucun répit. Entre deux assauts, le patient reste sur ses gardes, encore tremblant de la crise précédente, redoutant la prochaine. L’esprit perpétuellement en fusion, occupé par de nombreux scénarios, en proie aux « ruminations mentales », il se méfie de tout, devient hypervigilant, sursaute à la moindre alerte et panique quand il se croit menacé. »
Idem, p. 115.

Le mal consécutif à un choc traumatique peut conduire à des troubles graves de comportement, l’interruption de la carrière du reporter, son internement en hôpital psychiatrique, l’exclusion, l’usage massif de drogue, médicaments, alcool, à l’exclusion, voire au suicide. Pour la majorité des gens chez qui les symptômes et problèmes persistent plusieurs mois après le traumatisme, le passage du temps n’amènera pas de rétablissement s’il n’y a pas de traitement.


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3. Comment soigner ?

Vaincre le silence

  • « Pas plus que le soleil, la mort ne peut se regarder en face » disaient les Anciens.
  • Le « trauma » ou image traumatique est une vision de l’horreur, une rencontre avec la mort, sa propre mort : « J’ai vu la mort, je me suis vu mort, je suis mort... »

Le traumatisme est une « image » ( vision, odeur, son, sensation ) et donc, par nature, indicible. Le traumatisé est donc privé de mots pour exprimer cette horreur. Et inaudible, par les autres, qui ne supportent pas d’entendre l’insupportable.

La guérison doit donc passer avant tout par la rupture du silence qui enferme le traumatisé.

« Se taire, voilà l’issue pour un survivant. La rencontre avec la mort ne se raconte pas : elle est indicible. Tout simplement parce qu’il n’existe pas de mots humains pour l’exprimer. Et qu’il suffit d’en laisser échapper quelques bribes pour lire l’incompréhension dans les yeux de ceux que l’on aime. Le trauma souille celui qui le porte. La drogue, l’alcool, la mutilation ne sont que le début d’une panoplie de l’oubli, du dégoût de soi. »
Jean-Paul Mari, Sans blessures apparents, Robert Laffont, 2008, p. 116.

Guérir

Pour guérir, il faut savoir détecter rapidement les symptômes du syndrome post-traumatique, refuser le déni, briser le tabou qui entoure ce mal. En clair, rompre le silence, l’incompréhension qui enferment le traumatisé dans son cauchemar quotidien. Et le pousser à consulter un spécialiste.

Règle : après un traumatisme psychique, le reporter qui consulte au bon moment un psychiatre averti du syndrome post-traumatique a toutes les chances de guérir et de pouvoir reprendre ses activités sans séquelles. Et avec plus d’expérience.

S’il n’y a pas de réelle prévention possible, il faut absolument consulter une à deux fois par an, selon l’intensité des reportages et des événements vécus.

« Là, il n’y a pas de recettes universelles, seulement des cas particuliers. Chacun a son histoire cachée, ses accidents de parcours, sa mémoire taboue. Ecouté, guidé, encouragé, parfois apaisé grâce aux anxiolytiques, le traumatisé est aussi fasciné par ses troubles sur cet autre lui-même, trésor inconnu bien plus intéressant que l’analogon obscène qui le tourmente tant. Les cauchemars traumatiques deviennent moins fréquents. Le scénario du cauchemar jusqu’alors immuable, véritable bug de l’esprit, évolue, se transforme, dilue l’image horrible au milieu d’autres scènes. (...) Encore un effort et la psychothérapie atteint son but. Le blessé n’est plus un possédé hagard mais un homme qui fait le même travail que le petit enfant, pour rejoindre ses frères sur la planète Terre, entrer à nouveau dans le monde du langage. Les mots, magiques, ont remplacé le trauma. Les mots, somptueux, ont remplacé l’image. »
Jean-Paul Mari, Sans blessures apparents, Robert Laffont, 2008, p. 283.

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