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Les autorités maintiennent leur position sur l'affaire Bibi Ngota

Les autorités maintiennent leur position sur l’affaire Bibi Ngota

Publié le mardi 28 septembre 2010.
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Le 14 septembre, le vice-Premier ministre d’État et garde des Sceaux du Cameroun, Amadou Ali (photo), a présenté, devant une assemblée de journalistes, les conclusions de l’enquête diligentée par le chef de l’État, concernant la mort en prison, le 22 avril dernier, de Ngota Ngota Germain, dit Bibi Ngota, directeur de publication de Cameroun Express.

S’appuyant sur le rapport administratif du docteur Norbert Francis Ndi, médecin-chef de l’infirmerie de la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, Amadou Ali a assuré à la presse que le journaliste était décédé "des suites d’infections opportunistes liées au VIH, dans un contexte où le système immunitaire était complètement effondré". Il a ajouté qu’aucune trace de torture n’avait été retrouvée sur le corps du journaliste.

Cette déclaration fait écho, mot pour mot, à celle du 29 avril dernier, lorsque le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, s’était empressé d’affirmer que la mort de Bibi Ngota était liée à sa prétendue séropositivité, et non à d’éventuels mauvais traitements. Selon lui, Bibi Ngota avait volontairement accepté d’effectuer un dépistage du virus du sida à son entrée en prison, mais était décédé avant d’avoir pu faire des examens complémentaires. Cette violation du secret médical avait d’ailleurs été fortement contestée par des organisations de défense des droits de l’homme et par des médecins camerounais.

Reporters sans frontières s’insurge contre la position officielle des autorités camerounaises et refuse de croire à la version qu’elles tentent d’imposer au public. L’ enquête est biaisée et rien ne permet de dire aujourd’hui que la vérité a été révélée dans cette affaire. Embarrassées par la mort de ce journaliste, qui plus est dans une affaire qui touche le secrétaire général de la présidence de la République, il est évident que les autorités veulent clore au plus vite ce dossier, qui comporte de graves violations de procédure et qui n’a pas respecté le principe de la présomption d’innocence. Pour preuve, au cours du point presse, Amadou Ali a refusé de répondre aux questions des journalistes.

"Je suis traumatisée par cette affaire. Je connais parfaitement bien mon mari. Nous avons vécu 13 ans ensemble. Bibi était malade en entrant en prison, il avait de la tension et du diabète, mais il n’était pas atteint du virus du sida. Je ne peux pas accepter la version officielle des autorités. Toute cette mise en scène permet de cacher le fond de l’affaire : mon mari et ses collègues ont été injustement arrêtés et placés en détention provisoire alors qu’il n’y avait aucune plainte déposée contre eux", a confié à Reporters sans frontières la veuve de Bibi Ngota, Georgette Ngo’o.

Bibi Ngota a été incarcéré, le 10 mars 2010, en même temps que deux de ses confrères, Serge Sabouang, directeur de publication du bimensuel La Nation, et Robert Mintya, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Devoir. Accusés de "faux et usage de faux", ces deux journalistes sont toujours maintenus en détention provisoire. L’état de santé de Robert Mintya est extrêmement inquiétant. Agressé au mois d’août dans sa cellule de la prison de Kondengui, le directeur de publication a dû être hospitalisé pendant plusieurs jours. Plus d’informations.

Reporters sans frontières réitère son appel en faveur de la remise en liberté provisoire des deux collègues de Bibi Ngota. Il est urgent que les autorités se penchent sur leurs cas. Après avoir passé plus de six mois en détention provisoire, ces journalistes doivent être présentés à un juge ou libérés sur le champ.

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