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Douze ans après l'assassinat de Norbert Zongo, l'impunité doit être combattue au Burkina Faso et en Afrique

Douze ans après l’assassinat de Norbert Zongo, l’impunité doit être combattue au Burkina Faso et en Afrique

Publié le lundi 13 décembre 2010. Mis à jour le mardi 14 décembre 2010.
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Douze ans, jour pour jour, après l’assassinat de Norbert Zongo, Reporters sans frontières demande aux autorités burkinabés de sortir de leur immobilisme et de relancer l’enquête sur l’assassinat du journaliste. L’organisation enjoint plus généralement aux autorités africaines de s’inspirer du traitement de l’affaire Carlos Cardoso, au Mozambique, et de lutter de façon active contre l’impunité.

"Comment se fait-il que le dossier Norbert Zongo soit toujours au point mort ? Les années passent mais la blessure née de cet assassinat reste toujours ouverte et la mobilisation populaire ne faiblit pas. Récemment réélu à la tête du Burkina Faso, le président Blaise Compaoré doit la vérité à son peuple", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

"Le traitement de l’affaire Cardoso au Mozambique devrait inspirer les autorités burkinabés, mais aussi gambiennes, congolaises, somaliennes et d’autres encore en Afrique. Grâce à une enquête efficace, assassins et commanditaires ont été identifiés et sanctionnés. L’impunité n’est donc pas une fatalité en Afrique. Lutter contre est une question de volonté politique", a ajouté Jean-François Julliard.

Le 22 novembre dernier, dix ans après le meurtre du journaliste d’investigation Carlos Cardoso, une stèle à sa mémoire a été dévoilée, avenue Mártires de Machava, dans le centre de Maputo, à l’endroit même où le directeur du quotidien Metical avait été assassiné. Le 22 novembre 2000, le journaliste se trouvait dans sa voiture avec son chauffeur quand deux hommes leur ont bloqué la route avant d’ouvrir le feu. Touché de plusieurs balles à la tête, Carlos Cardoso est mort sur le coup. Avant son assassinat, il enquêtait sur le plus gros scandale financier du Mozambique depuis son indépendance : le détournement d’une somme équivalente à 14 millions d’euros de la Banque commerciale du Mozambique (BCM). Il avait notamment cité dans ses articles les noms des frères Satar et de Vicente Ramaya, trois hommes d’affaires influents.

A l’inverse de l’affaire Cardoso, Reporters sans frontières rappelle que plusieurs autres assassinats de journalistes en Afrique restent à ce jour impunis. Personne n’a jamais été condamné pour l’assassinat du journaliste gambien Deyda Hydara, tué à Banjul le 16 décembre 2004. L’impunité domine également en Somalie, pays le plus meurtrier d’Afrique pour les journalistes, où les assassinats de professionnels des médias ne donnent jamais lieu à des enquêtes concluantes. Enfin, l’impunité règne en République démocratique du Congo où les cas de Franck Ngyke et de Bapuwa Mwamba, tués à Kinshasa en 2005 et 2006, ou encore celui de Patrick Kikuku, tué à Goma (Nord-Kivu) en 2007, n’ont jamais été résolus.

Rappel des faits dans l’affaire Norbert Zongo

Norbert Zongo était le directeur de l’hebdomadaire L’Indépendant. Il a été retrouvé mort, avec trois autres personnes, carbonisés dans leur véhicule, le 13 décembre 1998, à Sapouy (Sud). Au moment de son assassinat, le journaliste enquêtait sur la mort suspecte de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère du chef de l’Etat. Sous la pression de la rue, le président Blaise Compaoré a mis sur pied une Commission d’enquête indépendante (CEI) qui a identifié quelques mois plus tard "six principaux suspects" dans ce quadruple assassinat.

En août 2000, trois militaires de la garde présidentielle, dont l’adjudant Marcel Kafando, ont été reconnus coupables d’"avoir séquestré et torturé à mort" David Ouédraogo. En février 2001, Marcel Kafando a également été inculpé d’"assassinat" et "incendie volontaire" par le procureur général dans le cadre du dossier Norbert Zongo. Or, malgré une inculpation aussi grave, Marcel Kafando a coulé des jours tranquilles en liberté, à son domicile de Ouagadougou.

Le 19 juillet 2006, le juge d’instruction Wenceslas Ilboudo a finalement prononcé un non-lieu en faveur de "Marcel Kafando et X", sur la base de la rétractation d’un témoin à charge, huit ans après les faits. Cette décision a été confirmée en appel, fermant ainsi la procédure visant à élucider l’assassinat de Norbert Zongo. Seuls de "nouveaux éléments" pouvaient relancer l’enquête.

Le 20 octobre 2006, Reporters sans frontières a remis au procureur du Burkina Faso la première version du rapport de la CEI, avant qu’elle ne soit édulcorée sous la pression de deux de ses membres, représentant le gouvernement. Certains passages du texte, détaillant les contradictions de François Compaoré dans sa déposition et revenant sur le rôle joué par l’homme d’affaires Oumarou Kanazoé pour tenter de faire taire Norbert Zongo, avaient été purement et simplement supprimés. Les conclusions de la CEI y étaient beaucoup plus affirmatives et circontanciées sur le sujet, mettant plus précisément en cause les "six principaux suspects" désignés, tous membres de la garde présidentielle. En dépit de ces nouveaux éléments, les suspects n’ont jamais été inquiétés. Marcel Kafando est décédé en décembre 2009.

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