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10 ans d'omerta autour d'un meurtre, 10 ans de mobilisation

10 ans d’omerta autour d’un meurtre, 10 ans de mobilisation

Publié le jeudi 23 avril 2009. Mis à jour le mardi 24 novembre 2009.
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Reporters sans frontières s’est associée en décembre dernier à la commémoration de l’assassinat du journaliste burkinabé Norbert Zongo. Une décennie après les faits, autorités judiciaires et politiques affichent un consensus pour noyer définitivement l’affaire. Les associations de journalistes et les manifestants réunis dans la capitale du Burkina Faso ne l’entendent pas de cette oreille.

Une avenue pour immortaliser un nom devenu le symbole du martyre des journalistes sur le continent africain. Le baptême symbolique de l’ « Avenue Norbert Zongo » à Ouagadougou en décembre 2008 sous l’égide de Reporters sans frontières n’a pas été du goût des autorités. Elles se seraient bien passées de cette énième manifestation en hommage au journaliste. C’était compter sans la détermination des associations burkinabés, des syndicats de journalistes et des organisations de défense des droits de l’homme. Dix ans de mobilisation jamais démentie pour que les circonstances de l’assassinat du journaliste soient éclaircies et les responsables enfin traduits devant les tribunaux. Dix ans de blocages et d’entraves politico-judiciaires en tout genre pour « désamorcer » l’affaire et décourager toute velléité de mise en lumière des responsabilités. Pressions à peine voilées sur les magistrats, contorsions acrobatiques et fantaisistes dans la procédure et surtout menaces à l’encontre des journalistes trop « entreprenants » ; l’arsenal répressif mis en œuvre est à la mesure des enjeux de cette affaire.

Briser le mur du silence

« Il ne faut pas se leurrer : l’affaire Zongo est une affaire politique car elle touche le premier responsable du pays », explique Me Farama, un jeune avocat burkinabé qui s’est investi dans le dossier depuis quelques années. François, le frère du président Blaise Compaoré, plusieurs fois cité dans l’affaire, n’a nullement été inquiété jusqu’ici. Et la plupart des protagonistes du meurtre de Norbert Zongo pérorent tranquillement dans les rues de Ouagadougou, persuadés de leur impunité. C’est aujourd’hui le principal angle d’attaque des associations mobilisées pour l’émergence de la vérité : briser ce mur de silence et de complicités tentaculaires qui entourent l’enquête sur la mort du journaliste, et surtout démontrer, comme le dit un proverbe Mossi, que « la vérité n’a pas d’heure ». Devoir de vérité, mais aussi impératif de mémoire et d’action : il faut sortir de l’omerta. Les initiatives militantes ne faiblissent pas : pétition internationale « Norbert Zongo », lettre ouverte au chef de l’Etat burkinabé ou mobilisation d’intellectuels et d’artistes de renom pour la cause. Un album musical réalisé à l’occasion de ce dixième anniversaire s’intitule « dossier classé », en référence aux blocages et aux interférences dans l’affaire. Le mouvement n’a pas faibli et aurait même tendance à prendre un peu plus d’ampleur ces dernières années. « Nous nous battrons jusqu’au bout pour que les commanditaires et les sicaires de ce crime odieux soient identifiés et punis », confirme Me Farama.

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