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La piste professionnelle privilégiée par les enquêteurs dans l'assassinat du journaliste Paulo Roberto Cardoso Rodrigues

La piste professionnelle privilégiée par les enquêteurs dans l’assassinat du journaliste Paulo Roberto Cardoso Rodrigues

Publié le mardi 14 février 2012. Mis à jour le mardi 21 février 2012.
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Les témoignages recueillis par la police auprès de la famille et amis du journaliste Paulo Roberto Cardoso Rodrigues, également connu sous le nom de Paulo Rocaro, tendent à valider l’hypothèse selon laquelle il aurait été tué en raison d’une enquête qu’il menait dans le Mato Grosso do Sul, région du Paraguay sous le contrôle des narcotrafiquants.

Le journaliste paraguayen et proche du défunt, Candido Figueiredo, a déclaré à la police que les recherches de Paulo Rocaro devaient très probablement gêner les délinquants de la région. “Nous continuons d’étudier cette piste, étant donné les circonstances du crime et les sujets d’investigations journalistiques menées dans la zone frontalière qu’il travaillait", a déclaré le commissaire chargé de l’enquête, Odorico Mesquita.

Le 20 février 2012, la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a condamné les violences que les journalistes du pays encourent dans le cadre de leurs prises de parole parfois audacieuses. "Il est essentiel que les journalistes puissent continuer à informer sans craindre pour leurs vies et la sécurité de leurs familles", a-t-elle déclaré. Nous rappelons à ce titre que l’assassinat du journaliste Mário Randolfo Marques Lopes, tué le 9 février, reste à ce jour impuni.


14.02.2012 -L’assassinat du journaliste Paulo Rocaro marque un début d’année désastreux pour la profession

Rédacteur en chef du quotidien Jornal da Praça et directeur du site Mercosul News, Paulo Roberto Cardoso Rodrigues, connu sous le nom de Paulo Rocaro, n’a pas survécu à l’attentat par balles commis par deux individus circulant à moto, alors qu’il effectuait un déplacement en voiture à Ponta Porã, dans l’État du Mato Grosso do Sul, le 12 février 2012. Ciblé à douze reprises et atteint de cinq impacts, le journaliste a succombé à l’hôpital le lendemain matin. Il était âgé de 51 ans.

Trois jours après l’assassinat de Mário Randolfo Marques Lopes dans l’État de Rio de Janeiro, ce nouveau drame marque un début d’année particulièrement éprouvant pour la profession, ponctué de menaces, d’agressions voire même de destructions de médias.

“La mort de Paulo Rocaro porte à trois le total des journalistes tués au Brésil depuis 2012, même si la piste professionnelle ne semble pas privilégiée dans l’assassinat, le 3 janvier dans l’État de Bahia, de Laércio de Souza. La violence observée en ce début d’année confirme hélas une tendance dont rend compte le dernier classement mondial de la liberté la presse publié par Reporters sans frontières, où le Brésil se classe 99e après une chute de 41 rangs. Faut-il redouter une dérive mexicaine ou colombienne ? Aucune région du pays n’est épargnée par cette série tragique, qui appelle le développement de programmes de protection et, dans l’immédiat, de véritables enquêtes de fond. Dans les deux dernières affaires, l’hypothèse du règlement de comptes politiques doit être explorée”, a déclaré l’organisation.

L’insécurité est traditionnellement élevée dans la région frontalière du Paraguay, vivier des cartels de la drogue, où travaillait Paulo Rocaro. Pourtant, d’après une source proche de la victime contactée par Reporters sans frontières, le journaliste couvrait pour l’essentiel la vie politique locale, souvent caractérisée par des irrégularités et des pratiques douteuses. La vengeance politique commanditée n’est donc pas à exclure dans cet assassinat, point d’orgue d’une période de violence de plus en plus préoccupante.

Incendies et matraquage
La piste criminelle est nettement privilégiée concernant le sinistre qui a dévasté la radio communautaire Ibicoara FM, le 8 janvier. Selon le directeur de la radio, Emerson Silva Bispo, il s’agirait de représailles liées aux interpellations récurrentes des autorités sur les insuffisances des politiques publiques dans le cadre du programme “Voz do Povo” (voix du peuple). Le 8 février à Curitiba (Paraná), les flammes ont pour partie détruit le siège du journal Folha do Boqueirão, propriété du conseiller municipal Francisco Garcez. Un court-circuit pourrait avoir provoqué l’incendie. Francisco Garcez a cependant rappelé avoir été récemment victime de menaces possiblement liées à différentes enquêtes menées sous sa direction, en tant que président du conseil d’éthique de la municipalité.

Editeur du site HiperNoticias à Cuiabá (Mato Grosso), Jorge Estevão a été menacé de mort en pleine rue, dans la matinée du 11 février. Un individu pointant une arme dans sa direction lui aurait signifié qu’il “gênait” et “envahissait son territoire”. Journaliste politique, spécialisé lui aussi dans le traitement d’affaires de corruption, Jorge Estevão reste néanmoins prudent quant à l’origine de cette menace.

La police n’est pas en reste dans les nombreuses agressions relevées en ce début d’année. La presse a notamment souffert de mauvais traitements, de brèves détentions musclées ou encore de tirs de sommation lors d’une très brutale opération de délogement de 9 000 habitants précaires du quartier du Pinheirinho à São José dos Campos (État de São Paulo) à la fin du mois de janvier. Le présent extrait vidéo témoigne des méthodes employées par la police militaire.

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