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Un journaliste condamné à deux ans et demi de prison pour “diffamation” et “calomnie”

Un journaliste condamné à deux ans et demi de prison pour “diffamation” et “calomnie”

Publié le jeudi 15 mars 2012.
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L’urgence de dépénaliser les délits de presse dans certains pays du continent se manifeste à nouveau avec la condamnation, le 4 mars 2012, du journaliste Rogelio Vicente Peláez Justiniano. Le directeur du mensuel Larga Vista s’est vu infliger une peine de deux ans et six mois de prison pour “diffamation”, “calomnie” et “propagation d’offenses” par un tribunal de La Paz.

L’article 27 de la loi sur l’impression (Ley de Imprenta) dispose que ces chefs d’accusation continuent de relever du code pénal. Le prévenu avait la possibilité d’être jugé sur la base de l’une ou l’autre législation, chacune confiée à l’application d’une juridiction différente. Rogelio Peláez a choisi la voie pénale ordinaire. Il compte faire appel du jugement.

“La condamnation n’est, certes, pas définitive et nous pouvons donc espérer que la peine sera favorablement revue. L’enjeu concerne bien davantage le législateur. Contraire à la convention américaine des droits de l’homme dont la Bolivie est signataire, la pénalisation des délits de presse représente en soi un vecteur de censure ou d’autocensure pour des journalistes saisis d’affaires d’intérêt public, comme dans le cas présent. Une peine de prison en matière de presse est à la fois abusive dans son principe et contre-productive dans ses conséquences : elle ne compense ni ne répare en rien la révélation d’une information ou l’expression d’une opinion, et se retourne, au final, contre ceux qui la prononcent ou l’approuvent”, a déclaré Reporters sans frontières.

Rogelio Peláez faisait, depuis octobre 2010, l’objet d’une plainte de l’avocat Waldo Molina Gutiérrez, mis en cause à plusieurs reprises dans les colonnes de Larga Vista pour un présumé “enrichissement illicite”. Défenseur de 285 contribuables du Fond de retrait de l’emploi public (FREP), institution autrefois administrée directement par l’État, l’avocat aurait exigé des honoraires d’un montant de plus de 450 000 dollars, anormalement supérieur aux frais exigibles. La justice pénale avait pourtant donné raison à l’avocat, en novembre 2008, en l’autorisant à encaisser la somme. A l’issue de l’encaissement, le 31 juillet 2009, Larga Vista avait commencé à publier ses révélations sur l’affaire.

Contacté par Reporters sans frontières, Rogelio Peláez a regretté que la juridiction qui vient de le condamner n’ait pas cherché en même temps à faire la lumière sur ce cas de corruption présumée. Une telle condamnation est rare en Bolivie. Elle serait même la première du genre selon certains médias nationaux et locaux.

Décret bienvenu

Le trauma reste vif, au-delà de la profession, depuis l’assassinat de Verónica Peñasco Layme et de son frère Victor Hugo Peñasco Layme, journalistes de langue aymara, le 25 février à La Paz. Ce double crime, dont le mobile reste à déterminer, a suscité pas moins de cinq manifestations de masse. Il a également conduit le gouvernement à prendre un décret, en vigueur depuis le 29 février, imposant aux médias de garantir le transport de leurs employés du domicile au bureau ou vice-versa, entre dix heures du soir et sept heures du matin, sous peine d’amende fixe à reverser au journaliste. Reporters sans frontières se félicite de cette mesure.

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