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Enquête sur l'attentat contre Radio Popular : deux suspects toujours en cavale

Enquête sur l’attentat contre Radio Popular : deux suspects toujours en cavale

Publié le vendredi 9 novembre 2012.
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Malgré l’arrestation de quatre suspects, les résultats se font attendre dans l’enquête sur l’incendie criminel du 29 octobre 2012 contre le siège de Radio Popular à Yacuiba (Sud), qui avait fait deux blessés graves dont le directeur de la station, Fernando Vidal. Le journaliste Esteban Farfán, gendre de celui-ci, a estimé auprès de Reporters sans frontières qu’il n’y avait “pas d’avancées majeures”. D’après lui, deux individus lourdement impliqués dans l’affaire - l’un connu sous le surnom “Chaqueño Cuenca”, et l’autre dénommé José Alberto Villena alias “El Cuñao” - sont actuellement recherchés dans des villes frontalières en Argentine.

“Chaqueño Cuenca” a été formellement désigné comme auteur intellectuel de l’attentat par Jairo Félix Sejas Chavarría (21 ans, surnommé El Jairo), l’un des exécutants présumés du crime, détenu peu après avec trois autres personnes : Edward Vargas Arias (26 ans, chauffeur de taxi, alias “El Sapo”), Juan José Antonio Camacho (25 ans, mécanicien, alias “El Negro”) et José Omar Portal Paredes (alias “Chino”). “Chaqueño Cuenca” aurait embauché au total cinq personnes pour “brûler” les locaux de la radio - mais non pour tuer Fernando Vidal -, en offrant à chacun la somme de 2 000 bolivianos (230 euros). C’est à son domicile que l’attentat aurait été planifié, en présence de dirigeants du Parti autonome national (PAN, formation politique du département de Tarija).

“Nous sommes bien conscients qu’une enquête judiciaire prend du temps, et que le ministère public dispose d’un délai de six mois avant de rendre ses conclusions. Nous espérons, néanmoins, que d’autres avancées interviendront avant ce délai, compte tenu des éléments apportés au dossier. La piste politique ne doit pas être écartée a priori”, a déclaré Reporters sans frontières, inquiète de la situation des journalistes dans le département de Tarija.

L’organisation attend également que soit élucidé l’attentat par balles commis contre le domicile du journaliste et éditorialiste indépendant Humberto Vacaflor, le 11 octobre dernier à Tarija. A Yacuiba, des relations extrêmement tendues opposent une partie de la presse locale au maire de la ville, Carlos Eduardo Bru Cavero. Ce dernier a récemment engagé deux procédures pénales contre José Manuel Ramos Peláez, directeur de l’Agence Chaqueña d’Information (ACHI) et correspondant de la revue Larga Vista, qui l’avait mis en cause dans des affaires de corruption.


31.10.12 - Piste politique privilégiée dans l’attentat contre Radio Popular : “L’enquête doit aller jusqu’au bout”

Quarante-huit heures après le terrible attentat contre la station Radio Popular FM à Yacuiba (département de Tarija, sud frontalier de l’Argentine) qui a failli coûter la vie à son directeur, Fernando Vidal, 70 ans, et à son opératrice, Karen Arce, 25 ans, Reporters sans frontières prend acte des avancées de l’enquête. La police a, en effet, confirmé détenir trois suspects – Eduardo Vargas, Juan José Camacho et Jairo Sejas Chavarría – déjà connus pour leurs antécédents judiciaires.

“Cette triple détention doit permettre de remonter au plus vite aux commanditaires de cet attentat, particulièrement barbare, qui a semé un véritable traumatisme parmi les journalistes boliviens et au-delà. Les autorités doivent donner un gage fort contre l’impunité, quand des criminels n’hésitent plus à attaquer des rédactions et leur personnel en plein travail. La piste politique, si elle se confirme, ne doit surtout pas freiner les enquêteurs. Nous voulons croire que l’affaire sera rapidement résolue”, a déclaré Reporters sans frontières, en souhaitant à Fernando Vidal et à Karen Arce un prompt rétablissement.

Quatre individus ont fait irruption dans les locaux de Radio Popular, dans la matinée du 29 octobre 2012, alors que Fernando Vidal conduisait son émission avec l’assistance technique de Karen Arce. Les assaillants ont aspergé d’essence non seulement les locaux et le matériel de transmission, mais aussi les deux personnes présentes, avant de mettre le feu.

Désormais hospitalisé à Santa Cruz, Fernando Vidal a subi des brûlures au deuxième et troisième degrés à la tête, au torse, au dos et aux bras. Gravement brûlée elle aussi mais dans de moindre proportions, Karen Arce a été admise en soins intensifs à La Paz. L’état des deux patients est jugé stable. La station, quant à elle, a pu revenir à l’antenne dans la journée du 30 octobre.

Journaliste de Radio Popular et gendre de Fernando Vidal, Esteban Farfán Romero a confié à Reporters sans frontières que son beau-père connaissait les auteurs intellectuels de l’attentat. Il s’agirait, d’après lui, de deux personnalités politiques du département de Tarija. Une thèse confirmée par le ministre de l’Intérieur Carlos Romero. A l’évidence, l’attaque avait pour but d’interrompre le programme d’entretien conduit par Fernando Vidal, consacré ce jour-là à des affaires de contrebande.

Ancien maire et conseiller municipal de Yacuiba, le directeur de Radio Popular n’a jamais hésité à dénoncer des cas de corruption affectant le département. Il avait pris fermement position contre la gestion nationale et régionale des ressources publiques, lesquelles ont considérablement augmenté depuis que la région du Chaco reçoit plus de 100 millions de dollars de prime annuelle pour la vente de gaz naturel extrait de son sol.

Cet attentat n’est hélas pas le premier constaté au cours de l’année contre une rédaction. Trop d’exactions commises ces dernières années contre la profession demeurent impunies comme l’assassinat, en 2008 à Pucarani, du jeune journaliste de radio Carlos Quispe Quispe.

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