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Conflits miniers et protestations sociales génèrent violences et censure contre la profession

Conflits miniers et protestations sociales génèrent violences et censure contre la profession

Publié le mardi 19 juin 2012.
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Deux radios locales ont été attaquées à la dynamite et obligées de suspendre leurs programmes, dans la nuit du 14 au 15 juin 2012, à Colquiri. De graves conflits agitent actuellement cette région minière. Les affrontements survenus la nuit même des attentats contre les radios Vanguardia et Cumbre – qui n’ont heureusement pas fait de victime - ont abouti à un bilan de 23 blessés dont trois grièvement.

“Les négociations sur la question minière ont repris sous l’égide du gouvernement depuis le 18 juin. Elles doivent être l’occasion de rappeler que la liberté d’information appartient à tous les acteurs du conflit (travailleurs du secteur ou micro-entrepreneurs dits ‘coopérativistes’), dont les radios peuvent offrir un utile espace de dialogue. Cette exigence fait écho aux récentes initiatives, tant gouvernementales que parlementaires, pour améliorer la sécurité des journalistes”, a déclaré Reporters sans frontières, qui demande l’élucidation rapide de l’origine des attentats commis contre les radios de Colquiri.

Propriété des travailleurs de la Empresa Minera Colquiri, Radio Vanguardia a été ciblée par trois explosions dans la nuit du 14 au 15 juin. “Nous étions en studio lorsqu’un bâton de dynamite avec mèche allumée a été lancé sur le toit et les murs arrières de nos locaux. Avec les collègues Shirley Ramos, Silvano Cartagena et Sonia Bautista, nous avons décidé de cesser temporairement le travail. Les explosions auraient pu nous tuer”, a confié le journaliste Rubén Quispe à Reporters sans frontières. De même, à Radio Cumbre, les journalistes Marcelina Flores et Karen Nicolas et d’autre collègues ont préféré suspendre leur antenne par souci de sécurité. Les deux rédactions attendent l’issue des négociations avant de reprendre leurs activités.

Radio Cumbre appartient aux mineurs “coopérativistes”, qui réclament la maîtrise des gisements d’étain et de zinc actuellement exploités par la compagnie Sinchy Wayra, (filiale du groupe suisse Glencore). La colère des travailleurs du secteur minier local provoqué par un accord initial entre ces deux parties du conflit est à l’origine des affrontements survenus à Colquiri.

Ces protestations n’ont pas été les seules à exposer des journalistes au danger ces derniers temps. Ainsi à La Paz, le 16 mai dernier, certains ont subi de sérieuses agressions lors de la couverture d’une manifestation de médecins et d‘étudiants de médecine en révolte contre un décret d’allongement de leur temps de travail. La journaliste Carolina Ulloa, de la chaîne Unitel s’est évanouie sous l’effet de gaz lacrymogènes. Le caméraman Cristian Rosendi de CNN Bolivia, a été atteint au visage, et le photographe Gastón Brito de l’agence Noticias Fides ANF, blessé à la jambe, après des jets de projectiles provenant des rangs étudiants.

Efforts de protection

Dans ce contexte, Reporters sans frontières se félicite de la mobilisation exprimée en haut lieu en faveur de la sécurité des journalistes. Depuis le 24 mai dernier, le Parlement est, en effet, saisi d’un avant projet de loi déposé par le ministère de la Communication et soumis à l’origine par la Fédération des travailleurs de presse de La Paz. Le texte entend instituer un dispositif d’assurance pour les journalistes appelés à couvrir des conflits et troubles sociaux ou, plus largement, des situations à risque. L’indemnisation s’appliquerait également en cas d’accidents ou d’agressions, spécialement de nuit, après le temps de travail. La question de son financement – par prélèvement à hauteur de 1 % sur les recettes des entreprises de presse ou de communication – fait encore débat.

Cette mesure s’inscrit à la suite du décret gouvernemental obligeant les rédactions à garantir le transport nocturne de leurs employés. Ce décret avait été pris après le double meurtre de Verónica et Víctor Hugo Peñasco, le 25 février dernier, à El Alto. Un troisième journaliste, Eugenio Aduviri, du quotidien La Razón, a été victime, le 12 mai, des gangs d’étrangleurs (“cogoteros”) sévissant dans cette municipalité périphérique de la capitale. Quatre individus ont été arrêtés dans cette dernière affaire. La police détient désormais un dixième suspect dans le dossier Peñasco.

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