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Quand le pouvoir menace les journalistes

Quand le pouvoir menace les journalistes

Publié le lundi 19 mars 2012. Mis à jour le mardi 20 mars 2012.
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Reporters sans frontières condamne le harcèlement de la part de la Bangladesh Telecom Regulatory Commission (BTRC), organe de régulation des réseaux de communication, à l’encontre d’Ekushey Television (ETV), ainsi que les menaces de fermeture qu’elle fait peser sur la chaîne privée. L’organisation condamne également les menaces proférées le 13 mars 2012 par des leaders de la ligue Awami (parti au pouvoir) à l’encontre de dix-neuf journalistes à Pirojpur (Sud), et le blocage, la veille, de trois chaînes de télévision privées, empêchées de retransmettre en direct un rassemblement de l’opposition dans la capitale.

"Si ETV venait à être fermée, ce serait la deuxième chaîne de télévision supprimée sous ce gouvernement, depuis 2009. La BTRC ne peut menacer ETV de fermeture alors que la décision de la Cour Suprême sur des accusations similaires n’a pas encore été rendue. Il doit être accordé à la chaîne le droit de présenter les documents requis, et ce dans des délais raisonnables. Dans le cas où le litige perdurerait, celle-ci doit pouvoir faire appel devant la justice, et échapper à l’asphyxie financière", a déclaré Reporters sans frontières.

“Les autorités doivent immédiatement desserrer leur emprise sur les médias et faire cesser les pressions et menaces qui s’abattent quotidiennement sur les professionnels des médias, en particulier quand ils soutiennent l’opposition. Les auteurs de ces menaces sont forcément connus des autorités et doivent répondre de leurs propos”, a ajouté l’organisation.

ETV harcelée

Le 11 mars, ETV a été mise en demeure d’expliquer ses conditions de transmission, jugées illégales par la BTRC. Selon l’organe de régulation, la chaîne serait dépourvue de licence de diffusion audiovisuelle et la fréquence de transmission utilisée ne lui serait pas réservée. La BTRC a donné sept jours à la chaîne pour justifier de la légalité de sa situation. Selon la loi, ETV pourrait recevoir une amende de 3 milliards de BDT (environ 27 millions d’euros), et ses responsables risqueraient une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à dix ans.

Le 22 avril 2007, le BTRC avait déjà exigé de la chaîne satellitaire privée un paiement de plus de 300 millions de BDT, (environ 2,7 millions d’euros), pour avoir diffusé "illégalement", sous peine de voir son créneau de diffusion supprimé. ETV avait demandé l’intervention de la Haute Cour, qui avait émis un sursis à exécution, suspendant ainsi l’affaire.

Le président de la chaîne, Abdus Salam, a indiqué qu’il disposait des documents prouvant que les charges et les frais de la chaîne ont été payés jusqu’en 2012, et s’est étonné, lors d’une conférence de presse, le 15 mars 2012, de recevoir une telle injonction alors que la chaîne diffuse depuis 2007.

ETV, lancée le 14 avril 2000, avait déjà été obligée d’interrompre ses émissions le 29 août 2002, suite à une décision de justice de la Cour suprême, déclarant illégale la licence de la chaîne. Celle-ci avait pu reprendre sa diffusion le 1er décembre 2006.

Menaces de la ligue Awami

Le 14 mars 2012, dix-neuf journalistes basés à Pirojpur se sont rendus au commissariat central de la police de Pirojpur afin de déposer individuellement des mains courantes. Les journalistes, craignant pour leur vie, ont demandé à bénéficier d’une protection policière suite aux intimidations adressées la veille par deux leaders locaux de la ligue Awami et des membres du parlement, AKMA Awal (également appelé Saidur Rahman) et Dr. Anwar Hossain. Ces derniers ont averti les journalistes, qui auraient publié des informations critiques à leur encontre, qu’ils seraient ’réduits en morceaux et enterrés’. Les leaders politiques ont ajouté que toute publication qui ternirait l’image des deux leaders serait punie, à l’avenir, par l’expulsion de leurs auteurs hors de la ville.

Ces menaces font suite à la divulgation de documents par des membres de branches locales de la ligue Awami dans le district de Pirojpur, révélant des malversations et des pratiques de népotisme, attribuées aux deux cadres du parti. Ces informations ont par la suite été diffusées par plusieurs quotidiens nationaux et chaînes de télévision privées.

Les dix-neufs journalistes menacés sont Mahmud Hossain, correspondant du United News of Bangladesh (UNB), Muniruzzaman Nasim Ali, correspondant du Dainik Ittefaq, SM Pervez, correspondant du Dainik Jugantor, AK Azad, correspondant du Dainik Sangbad, Fashiul Islam Bacchu, correspondant du Dainik Samakal et de Channel-i TV, Khaled Abou, correspondant du Dainik Amadher Shomoy ; Rezaul l’islam Shamim, correspondant du Dainik Amar Desh, Shirina Afroz, correspondante du Dainik Kaler Kantho et d’Ekushey TV, Mizanur Rahman, correspondant du Dainik Shakaler Khabar, Shafiqul Islam Milan, correspondant d’ATN Bangla TV, Rashid Al Munan Shujan, correspondant de NTV et de Dainik Destiny, Nahid Ahmed Reaz, correspondant de RTV, Abdur Razzak Chowdhury, correspondant de Diganta TV, Nure Alam Siddiqui, correspondant d’Independent TV, HM Jewel, correspondant de Mohona TV, Zia-ul-Haque, correspondant de Shomoy TV, Humayun Kabir, correspondant d’Islamic TV, Sohel Billal Kajal, correspondant du Dainik Janata, et Mashiur Rahman Rahat, reporter de l’hebdomadaire Baleshwar.

Diffusions censurées

Par ailleurs, le 12 mars 2012, le gouvernement, par le biais de la Cable Operators’ Association of Bangladesh (COAB), a bloqué, sans avis préalable, trois chaînes de télévision privées - Ekushey Television (ETV), Bangla Vision et Islamic TV, dans le but d’empêcher la transmission en directe d’un rassemblement du parti de l’opposition, le blocage a duré trois heures et demi et la diffusion a repris vers 18h30, une heure après la fin du discours du leader du Parti Nationaliste du Bangladesh, Khaleda Zia.

Les chaînes avaient déjà reçu, le 10 mars dernier, des incitations émanant de la Bangladesh Telecommunication Regulatory Commission (BTRC), l’organisme officiel de contrôle des télécommunications, à ne pas retransmettre en direct le rassemblement.

 

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