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Âgé de six ans, le fils d'un couple de journalistes assassinés “interrogé” par les forces spéciales

Âgé de six ans, le fils d’un couple de journalistes assassinés “interrogé” par les forces spéciales

Publié le vendredi 16 novembre 2012.
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L’enquête sur l’assassinat des journalistes Sagar Sarowar et Meherun Runi, le 11 février 2012, piétine. Responsable de l’enquête depuis le mois d’avril, le Rapid Action Battalion (RAB), unité spéciale anti-criminalité, s’évertue depuis plusieurs semaines à obtenir des informations de l’enfant du couple, Megh, âgé de six ans seulement et présent au moment des faits. Reporters sans frontières exige l’arrêt immédiat de ces interrogatoires menés par l’unité de police la plus violente du Bangladesh. Ils sont vécus par la famille, à juste titre, qui prévoit une protection renforcée pour les enfants comme une punition supplémentaire.

“Interroger à répétition un enfant de six ans, portant déjà le traumatisme de l’assassinat de ses parents, est un acte illégal, inhumain et dépassant toute logique rationnelle. Nous demandons au ministre de l’intérieur, Muhiuddin Khan Alamgir, d’intervenir pour faire cesser cette aberration dans les plus brefs délais. Le Rapid Action Batallion ne devrait même pas être en charge de l’affaire. Une commission d’enquête spéciale aurait du être créée dès le départ”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Certes, comme vous l’avez déclaré, ‘le gouvernement ne peut pas monter la garde devant chaque chambre à coucher’, mais, Madame la Première ministre, il vous appartient d’assurer la sécurité de vos citoyens et surtout de mettre un terme à l’impunité quasi-systématique dont jouissent les auteurs de crimes à l’encontre des professionnels des médias”, a ajouté l’organisation, interpellant directement Sheikh Hasina Wajed.

Contacté par Reporters sans frontières le 15 octobre 2012 par email, le journaliste et blogueur Abu Sufian, qui couvre les exactions commises par le RAB, a déclaré : “Avoir recours à un enfant traumatisé comme élément de l’instruction a étonné le pays. L’ensemble de la procédure qui consiste à l’interroger face aux caméras de télévision et au personnel du RAB, en tenue noire, et à l’utiliser comme un outil de l’enquête sur ces meurtres violents, est une violation flagrante des droits de l’enfant (Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, signé en 1990 par le Bangladesh, qui prévoit une protection renforcée pour les enfants). Selon les membres de la famille, Megh est déjà un enfant traumatisé. Tous ces “non-sens” et ces “sans-précédents” ne servent qu’à lui rappeler le cauchemar, encore et encore, pour le conduire à une situation de traumatisme profond et mentalement complexe”.

Depuis le 31 octobre, le RAB a interrogé à plusieurs reprises Megh. Son oncle évoque un interrogatoire du 31 octobre de près de trois heures trente au quartier général des forces d’élites d’Uttara à Dacca, qui n’a mené à rien, le jeune garçon n’étant pas en mesure de répondre aux questions qui lui ont été posées. Les médecins qui suivent Megh ont mis en garde les autorités sur les possibles dommages psychiques et physiques que pouvait entraîner la répétition de ces sessions.

Le porte-parole du RAB a refusé de qualifier les entretiens menés d’”interrogatoires”, arguant que l’enfant s’était déjà rendu au quartier général du RAB, et que lors de la convocation du 31 octobre son oncle était présent. L’oncle du jeune garçon a déclaré que l’enfant était affecté par les questions qui lui étaient posées, qu’il a exprimé sa colère à plusieurs reprises lorsqu’il se trouvait dans les locaux du RAB.

Piétinement de l’enquête :

Sagar Sarowar et sa femme Meherun Runi ont été tués dans leur appartement à Dacca, la capitale, dans la nuit du 11 février 2012. L’époux était responsable de l’information de Maasranga Television et elle, journaliste de la chaîne ATN Bangla.

Alors que l’ancien ministre de l’Intérieur, Shahara Khatun, avait annoncé la capture des coupables dans les 48 heures qui avaient suivi l’assassinat, neuf mois après les faits, les coupables sont toujours en liberté.

Depuis l’ouverture de l’enquête, les journalistes, qui s’étaient immédiatement mobilisés pour demander l’arrestation des coupables, ont progressivement perdu confiance en l’efficacité des autorités. Ils continuent d’exprimer leur mécontentement concernant la conduite de l’enquête.

Le 9 octobre dernier, le nouveau ministre de l’Intérieur, Muhiuddin Khan Alamgir, a annoncé l’arrestation de sept suspects. Une nouvelle immédiatement récusée par les médias et les proches des victimes, qui restent persuadés que les autorités cherchent davantage à protéger le véritable assassin par ces arrestations, plutôt que d’arrêter le coupable.

Les journalistes avaient également dénoncé le fait que, le 12 juin et le 17 juillet 2012, le RAB avait envoyé à un laboratoire américain les traces d’ADN présentes sur la scène du crime, alors que l’unité ne disposait pas de bases de données ADN permettant de relier les conclusions du laboratoire américain à un quelconque assassin.

Les conditions de travail des professionnels des médias sont de plus en plus alarmantes au Bangladesh, qui se situe à la 129e place sur 179 pays recensés dans le classement mondial de la liberté de la presse 2011-2012 de Reporters sans frontières.

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