Reporters sans frontières

Reporters sans frontières se mobilise pour la protection de médias communautaires ou locaux victimes d'attentats dans trois pays

Reporters sans frontières se mobilise pour la protection de médias communautaires ou locaux victimes d’attentats dans trois pays

Publié le jeudi 24 novembre 2011. Mis à jour le lundi 28 novembre 2011.
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Pas moins de cinq médias locaux privés et communautaires ont été les cibles de violentes attaques, les privant pour certains de toute possibilité d’émettre, au cours des dernières semaines dans trois pays d’Amérique du Sud. Reporters sans frontières s’engage en faveur de leur reconstruction. L’organisation s’enquiert actuellement de l’estimation détaillée des dommages subis. Face à l’ampleur du préjudice, nous sollicitons le concours des autorités des pays concernés, des organismes internationaux, ainsi que des organisations spécialisées dans le soutien aux médias.

“Nous espérons que cet effort de solidarité permettra aux stations et chaînes dont il est ici question de reprendre rapidement une programmation normale. Très présents sur le continent latino-américain, les médias, et notamment les radios, communautaires sont loin de bénéficier partout de la reconnaissance légale qui leur est due. Ils font même l’objet, dans certains pays, de criminalisation ou de persécution systématiques, comme actuellement au Honduras. A but non lucratif et issus de communautés ou de mouvements sociaux – paysans, indigènes, afro-descendants, femmes, gays et lesbiennes – trop souvent tenus à l’écart du débat public, les médias communautaires représentent une source d’information importante sur des sujets d’intérêts majeurs comme l’environnement, les conflits agraires, la situation des minorités ou le développement local. Au nom du pluralisme et de leur propre indépendance, ils doivent être davantage défendus”, a déclaré Reporters sans frontières.

Argentine
La radio communautaire FM Paj Sachama, située à El Retiro dans la province de Santiago del Estero (Nord-Ouest) a subi l’assaut de deux individus armés le 10 septembre 2011, deux ans après un premier attentat au cocktail Molotov. Les deux individus ont menacé d’une arme le personnel et détruit les ateliers, les équipements et les installations de la radio.

La radio FM Paj Sachama est la propriété du Mouvement paysan de Santiago del Estero -Vía Campesina (Mocase-VC), mouvement engagé dans la défense des indigènes et dans la dénonciation de la spoliation de leurs terres. Dans le collimateur d’entrepreneurs agroindustriels convoitant les territoires indigènes, l’équipe de FM Paj Sachama, ainsi que les membres du Mocase sont sans cesse exposés à des violences. Le Mocase-VC est en deuil de l’un de ses représentants, Cristian Ferreyra, assassiné par balles le 16 novembre. La communauté attribue l’origine de ce crime au conflit terrien qui l’oppose aux agroindustriels .

A Alba Posse, dans la province de Misiones, les installations de la radio locale privée FM Sapucay ont été détruites dans leur quasi-totalité par un incendie, le 18 novembre 2011. Son propriétaire et directeur, Vitalino Acosta, ainsi que Ricardo Arrua, président du Forum des travailleurs de presse et de communication sociale de Misiones (FoPreMi), avancent la piste criminelle. “Les premières constatations ont confirmé qu’il ne s’agissait pas d’un accident mais bien d’un acte intentionnel car des traces de combustible ont été relevées”, nous a assuré Vitalino Acosta.

Critique de la gestion présumée irrégulière des autorités locales et notamment du maire d’Alba Posse, Nelson Carvalho, elle avait déjà subi une coupure de câble en 2003 et un sabotage d’antenne deux ans plus tard. Nelson Caravalho a lui-même fait irruption dans les studios de la radio il y a plusieurs mois, agressant deux journalistes.

Privée de transmission pendant ces dix derniers jours, FM Sapucay a pu revenir sur les ondes, le dimanche 27 novembre, grâce aux équipements prêtés temporairement par José Pietrowski, directeur de la station FM Litoral, située à Obera, dans la province de Misiones.

Bolivie
Dans la province de Santa Cruz (Est), le 14 novembre dernier, la station Radio Comunitaria Yapacaní et la chaîne de télévision Canal 8 Televisión Comunitaria Yapacaní, ont été les cibles d’un saccage menés par un groupe de partisans du maire de Yapacaní, David Carbajal, mis en cause dans une affaire de corruption. La radio et la chaîne ont pu reprendre partiellement leurs programmes, quatre jours plus tard, après avoir récupéré 70% de leurs équipements démantelés et réquisitionnés par les agresseurs.

Radio Comunitaria Yapacaní et Canal 8 appartiennent à la Fédération des communautés interculturelles de Yapacaní, constituée par des migrants indigènes de l’altiplano. "Le maire Carbajal, qui est affilié à la Fédération et qui a fait carrière grâce à elle, s’emploie aujourd’hui à diviser les organisations. Il est inefficace", a expliqué l’un des représentants de la Fédération, Cirilo Sunavi, à Reporters sans frontières. "Des 38 millions de bolivianos de budget prévu [5,5 millions de dollars], il a seulement investi un million. Voilà pourquoi la population est en colère. La radio et la télévision ne font que relater cette situation mais subissent en contrepartie l’intervention et la mise à sac de leurs locaux par des membres d’autres communautés". En 2006, les deux médias avaient déjà dû suspendre leurs activités à cause de ce type de contentieux internes. Le directeur de Canal 8, José Antonio Rivas, a dénoncé auprès de Reporters sans frontières d’être avec sa femme la cible de menaces permanentes.

Chili
Agro TV, chaîne de télévision communautaire engagée dans le développement local, a dénoncé un attentat commis le 21 octobre dernier contre ses installations situées à Cerro Monjas, dans la province de Quillota (aux environs de Valparaíso, Centre). Elle se trouve aujourd’hui dans l’impossibilité d’émettre. Les câbles soutenant la tour de transmission ont été sectionnés, ce qui a provoqué sa chute et la destruction de la quasi-totalité des équipements. Les installations ont été partiellement cambriolées.

Directeur d’Agro TV, César Ramos Silva, reste prudent quant au mobile de l’attentat mais n’exclut pas la piste du conflit ouvert avec le secteur audiovisuel commercial. "A côté de ma fonction de gérant de cette chaîne rurale, je suis aussi vice-président de l’Association nationale de radios communautaires et citoyennes du Chili (ANARCICH), et ces derniers mois, j’ai mené à bien de nombreuses actions au sein de l’organisation contre la concentration et l’abus des radiodiffusions commerciales", a-t-il expliqué à Reporters sans frontières. César Ramos Silva reconnaît ne pas avoir de preuves formelles permettant d’étayer pour l’instant cette hypothèse.

Pourtant, la concurrence déloyale existe et elle ajoute à la situation, fragile, des radios communautaires chiliennes, en l’absence de législation adéquate leur ménageant une juste place dans le paysage audiovisuel. Un risque d’extinction, par voie judiciaire, pèse désormais contre Kimche Mapu radio communautaire Mapuche, pour “interception de télécommunications” suite à une plainte déposée par Gilberto Santana, conseiller municipal et… propriétaire de la station Radio Lanco.

“Cette situation est inadmissible tant le conflit d’intérêt révélé par cette plainte est flagrant. L’acharnement procédurier contre Kimche Mapu est indigne compte tenu de la couverture limitée de la station, qui concerne cinq communautés de 1 300 personnes au total. Kimche Mapu réclame depuis longtemps sa régularisation complète et ce processus souffre un retard indu”, a déclaré Reporters sans frontières qui s’associe à l’Association mondiale des radios communautaires (AMARC) pour que soit réformée, sinon remplacée, la loi 20.433 sur les radios communautaires et citoyennes promulguée en 2010.

Dans le contexte des protestations étudiantes, l’année 2011 aura été marquée par de nombreuses brutalités des forces de l’ordre envers la presse. Reporters sans frontières condamne la détention et les mauvais traitement infligés par les carabiniers, le 21 novembre, au journaliste de la station ADN Estebán Sánchez et de son collègue brésilien indépendant Victor Farinelli, en marge d’un hommage controversé à Miguel Krassnoff, militaire condamné pour violations des droits de l’homme sous la dictature.

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