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La loi de "Protection des informations d'Etat" adoptée au Parlement : le journalisme d'investigation est-il mort ?

La loi de "Protection des informations d’Etat" adoptée au Parlement : le journalisme d’investigation est-il mort ?

Publié le mardi 22 novembre 2011.
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Reporters sans frontières exprime sa profonde déception et sa réelle inquiétude après l’adoption par le parlement sud-africain, le 22 novembre 2011, de la loi dite de "Protection des informations d’Etat" et demande solennellement au président Jacob Zuma de ne pas la promulguer. Ce texte controversé restreint la publication de documents sensibles par les médias et menace d’emprisonnement les journalistes qui les divulguent.

"Dans cette affaire, nous sommes choqués tant par le fond que par la forme. Sur le fond, le parlement sud-africain adopte une loi qui fait reculer la liberté de la presse dans le pays. Sur la forme, il le fait en passant en force, au mépris du mécontentement populaire que suscite pourtant le texte", a déclaré Reporters sans frontières.

"Si la classification de documents sensibles est compréhensible, elle doit être très clairement définie, limitée et ne pas menacer la liberté d’informer ni celle des journalistes. Or, cette loi met en péril le journalisme d’investigation, et menace la liberté de la presse pourtant garantie par la Constitution. Si la loi était définitivement promulguée, il s’agirait d’un coup très dur pour les journalistes de ce pays, connus pour avoir l’une des presses les plus vibrantes du continent. C’est son statut de modèle régional que l’Afrique du Sud est en train de mettre en jeu", a ajouté l’organisation.

En projet depuis 2008, la loi classe secrets des documents d’Etat et menace d’envoyer en prison – pour des peines allant jusqu’à vingt-cinq ans – les journalistes qui les révèlent. Initialement, tout organisme gouvernemental aurait pu classer secret n’importe quel document. Le texte a été modifié pour restreindre les informations classées aux seuls organismes traitant directement des affaires de sécurité. Il exclut cependant que quiconque, poursuivi pour avoir révélé des informations secrètes, puisse plaider l’avoir fait dans l’intérêt du public.

La façon dont sera appliquée cette loi est désormais la grande inconnue, mais sur le principe le texte fragilise la capacité des journalistes de mener des enquêtes approfondies sur des sujets sensibles telles que la corruption de hauts dirigeants, les scandales financiers, la mauvaise gouvernance, le népotisme. Son adoption intervient au terme de plusieurs mois de malaise entre le Congrès national africain (ANC, au pouvoir) et les médias. La semaine précédente, le porte-parole du président Zuma, Mac Maharaj, a porté plainte contre l’hebdomadaire Mail&Guardian.

Pour protester contre ce texte, des manifestations ont été organisées le 22 novembre à Pretoria, Johannesburg, Soweto et au Cap. Ce jour-là, les grands journaux sud-africains ont fait éditorial commun et les médias, partis d’opposition et associations de défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression ont appelé à un "mardi noir", invitant les Sud-Africains à porter des vêtements noirs.

En septembre déjà, une importante manifestation avait été organisée au Cap. Le projet de loi avait alors été repoussé sine die par l’ANC.

La prix Nobel de littérature Nadine Gordimer et le prix Nobel de la paix Desmond Tutu comptent parmi les personnalités qui ont fortement critiqué ce texte. A ces dernières s’ajoutent de nombreux responsables politiques comme l’ancien ministre du Renseignement Ronnie Kasrils (ANC) et le gouverneur du Cap, Helen Zille (DA, opposition). De nombreuses organisations, comme l’Association des éditeurs de presse (Sanef), ont également protesté, de même que la Fondation Nelson Mandela qui a estimé, le 22 novembre, que le texte n’était pas acceptable en l’état. En 1997, Nelson Mandela avait promis que la liberté de la presse ne serait pas menacée "tant que l’ANC (serait) le parti majoritaire" en Afrique du Sud.

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