Reporters sans frontières

Pour un Afghanistan libre, indépendant et démocratique

Pour un Afghanistan libre, indépendant et démocratique

Publié le vendredi 25 novembre 2011.
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Appel de Reporters sans frontières et des organisations de défense de la liberté d’expression et des associations de journalistes afghanes pour un engagement ferme en faveur du droit d’informer.

Dix ans après la chute du régime des taliban, et à la veille de la deuxième conférence internationale consacrée à l’Afghanistan, prévue à Bonn le 5 décembre 2011, les associations de journalistes et les organisations de défense de la liberté d’expression en Afghanistan, auxquelles se joint Reporters sans frontières, appellent le gouvernement afghan et la communauté internationale à s’engager clairement à défendre la liberté d’expression et la liberté d’informer dans le pays.

Le paysage médiatique en Afghanistan n’a jamais été aussi riche et divers : le pays compte 200 publications de presse écrite, 44 chaînes de télévision, 141 radios et plus de 8 agences de presse. Mais les violences contre la presse et les professionnels de l’information ont augmenté au cours des dix dernières années.

Les associations de journalistes et les organisations de défense de la liberté de la presse en Afghanistan, ainsi que Reporters sans frontières, ont recensé des centaines d’exactions entre 2001 et 2011. L’année 2009 fut la plus sombre, avec 85 cas de violence répertoriés, pour la plupart dans les provinces de Kaboul, Herat et Helmand. Certains territoires, dont ceux du Sud et de l’Est du pays, ont été qualifiés de « trous noirs de l’information ». Leur contrôle par les taliban est un frein à toute activité de journalisme libre.

Nous avons la conviction - et l’expérience de ces dix dernières années ne fait que la confirmer - que la paix, la sécurité et les libertés fondamentales ne peuvent être assurées sans médias indépendants et sans garantie pour la sécurité des journalistes. Jamais dans son histoire, le peuple afghan n’a autant eu accès à une information libre, produite par les Afghans pour les Afghans. Mais le risque de perdre cet acquis, au regard de la fragilité de la situation du pays, s’accroît chaque jour.

Aujourd’hui, dans plusieurs régions du pays, les ennemis de la liberté d’expression, parfois avec la complicité du pouvoir, s’efforcent de remettre en cause ce droit acquis de haute lutte par peuple afghan.

L’absence de transparence dans la construction de la paix, les négociations secrètes avec les grandes puissances dont les objectifs restent cachés au peuple, nous conduisent vers un avenir inquiétant où la démocratie et les libertés, pierres angulaire d’une paix durable, seront sacrifiées à une paix temporaire ou à des arrangements politiques nationaux et internationaux.

Les médias restent sous la menace, non seulement des taliban (qui sont sur le point de reprendre le pouvoir à cause des erreurs stratégiques des forces internationales, de la corruption et de l’incompétence de certains responsables politiques) mais également des dirigeants politiques locaux, et d’une partie des institutions religieuses en liens étroits avec le pouvoir. Le silence du président Hamid Karzai sur les agissements de certaines autorités et organisations qui violent la liberté de la presse est des plus préoccupant. Il est devenu particulièrement suspect depuis que le Président préfère prendre conseil auprès des intégristes et d’autres ennemis des libertés fondamentales, plutôt qu’auprès des journalistes et des organisations de médias.

Nous sommes amenés à penser que la censure de la presse trahirait un plan destiné à assurer le retour des taliban au pouvoir.

Les organisations de défense de la presse et Reporters sans frontières estiment que la paix et la coexistence pacifique en Afghanistan ne pourront être assurées sans participation de l’ensemble de la société. Ces dix dernières années, décisions et manœuvres bureaucratiques ont été menées au détriment de la liberté de la presse. Comment lutter contre la corruption, la pauvreté croissante sans des médias libres pour informer la population ?

La censure et l’autocensure imposées par les taliban, les trafiquants de drogues et les seigneurs de guerre ont également contribué à la situation présente. Au cours des dix dernières années, les médias indépendants n’ont jamais pu jouer leur rôle pour aider à réformer le pouvoir et être moteur du changement. Il aurait été cependant plus efficace et moins coûteux de les laisser libres de dénoncer la corruption, d’informer sur les narcotrafiquants, sur l’Etat de droit, la réforme du système judiciaire et législatif. Il n’est cependant pas trop tard.

La violence, les mesures arbitraires et l’inquisition religieuse permanente comptent parmi les principales menaces que subissent les journalistes. Reporters sans frontières et les organisations de journalistes et de médias en Afghanistan exigent des autorités la fin de tout harcèlement et de toute discrimination sur une base religieuse, ethnique ou tribale.

Déplorant 16 morts en leur sein depuis 2001, les journalistes afghans ont payé un lourd tribut à l’exercice de leurs activités. Pour plusieurs d’entre eux, justice n’a jamais été rendue. Les responsables de la mort de Zakia Zaki, rédacteur en chef de Peace Voice Radio (Sadae-Suhl Radio), d’Abdul Samad Rohani, journaliste de la BBC et de l’agence Pajhwok, et de Jawed Ahmad, journaliste free-lance pour Canada Television Network, n’ont toujours pas été identifiés et punis. L’incapacité de la police et des autorités judiciaires à arrêter et poursuivre les assassins de journalistes remet en cause la capacité du gouvernement de Kaboul à garantir l’Etat de droit.

Sultan Mohammad Munadi et Ahmad Omid Khpalwak, ont été tués par les forces internationales. La Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) a reconnu sa responsabilité dans la mort d’Ahmad Omid Khpalwak. Mais les forces britanniques et le ministère de l’Intérieur afghan n’ont jamais révélé les résultats de l’enquête sur la mort de Sultan Munadi, tué pendant une opération de secours alors qu’il était retenu en otage avec un journaliste britannique par les taliban. La sécurité des journalistes relève de la responsabilité inconditionnelle de chaque partie impliquée dans le conflit.

L’impunité encourage les violences contre les journalistes, particulièrement quand il s’agit des femmes. Ces dernières années, elles ont été de plus en plus les cibles de menaces émanant de différentes organisations, notamment des taliban. A Kunduz et Ghazni, les taliban s’en sont pris aux femmes journalistes et conduit les médias dirigés par des femmes à la faillite. A Kaboul, les forces de sécurité ont battu à de nombreuses reprises des femmes journalistes alors qu’elles menaient leurs activités professionnelles. En raison de pressions et des craintes pour leur sécurité, beaucoup ont préféré abandonner leur emploi.

Les violences contre les journalistes sont souvent perpétrées par des groupes religieux, soutenus par les autorités afghanes. Les communiqués du Conseil des oulémas afghan condamnent bien plus souvent les professionnels de la presse que les taliban, les terroristes, les chefs de guerre ou les trafiquants de drogue. Dans certaines provinces, les autorités locales les menacent au quotidien. Les forces de sécurité, au lieu de les défendre, les arrêtent et les accusent d’espionnage.

Des chefs de guerre et certains régimes étrangers, tout particulièrement ceux du Pakistan et d’Iran qui possèdent des médias en Afghanistan qui leur permettent d’interférer dans les affaires internes du pays, relaient de plus en plus à la propagande des fondamentalistes. La presse libre se trouve littéralement cernée par ces médias, les taliban et des autorités gouvernementales corrompues qui la poussent au silence.

La Constitution et la loi sur les médias garantissent pourtant la liberté de la presse, encore faut-il que ces textes soient appliqués, ce qui n’est pas le cas en raison de divergences politiques. La loi doit être complétée et rendue effective sans délai. Les médias publics doivent être à l’abri des pressions du gouvernement et leur indépendance respectée. Le gouvernement doit envisager en priorité la rédaction d’une loi facilitant l’accès à l’information.

Après avoir manqué plusieurs occasions, l’Afghanistan est aujourd’hui devant une chance historique. Mais certains observateurs ont déjà prévu l’échec de la construction du pays. Si les combats ont lieu sur les lignes de front et dans les zones de conflits, le peuple afghan, lui, livre une guerre de tous les jours pour la paix et contre les violences. Il a le droit d’être informé.

Les organisateurs et les participants de la conférence de Bonn, comme l’ensemble de la communauté internationale, doivent clairement prendre cause pour la protection de la liberté, la démocratie, et les droits du peuple afghan.

La liberté d’expression, le droit des femmes et le respect des droits de l’homme sont les principaux défis en Afghanistan. Nous devons garder à l’esprit que la paix ne pourra être restaurée sans démocratie et sans libertés.

L’Union nationale des journalistes d’Afghanistan (UNJA)

L’Association des journalistes indépendants afghans (AIJA)

L’organisation de défense de la liberté de la presse NAI

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